Sciences cognitives & foot - Épisode 1

10.06.2016

Impossible de passer à côté, du 10 juin au 10 juillet se déroule en France l'Euro de foot 2016. Pendant un mois 24 équipes européennes donneront tout sur les terrains de France pour tenter de remporter le Graal du football européen. C'est l'occasion de regarder à la lumière des sciences cognitives ce qui se passe dans le sport le plus pratiqué au monde !

La séance de tirs au but : le gardien, un parieur biaisé

 

Commençons par un événement rare mais intense : la séance de tirs au but à la fin d’un match. Lors de la séance de tirs au but, chaque équipe va tour à tour engager cinq tireurs qui feront face au gardien adverse. Si les équipes sont à égalité après les cinq tirs, un nouveau tir est accordé à chaque équipe, et ce jusqu'à ce que l'un soit marqué et pas l’autre. Lors de cette séance de penalty, la tension est à son comble, les joueurs ont déjà joué un match entier de 90 minutes plus une prolongation d'une demi heure, et ils doivent encore faire preuve de lucidité pour battre le gardien de l'équipe adverse sur un tir face au but à onze mètres. 

Lors d’un penalty, le gardien est obligé de s’élancer avant même que le joueur ne tire s’il veut avoir une chance de stopper le ballon. Cela pourrait expliquer pourquoi les gardiens ne sautent dans la direction du ballon qu’une fois sur deux, c’est-à-dire au hasard. Toutefois, en y regardant de plus près, on s’aperçoit que les gardiens ne plongent pas aléatoirement à droite ou à gauche. En effet, plus le nombre de penaltys ayant été tiré consécutivement d'un même côté est grand, plus le gardien est susceptible de sauter du côté opposé; et cette probabilité augmente avec la longueur de la série : après un tir à droite, le gardien saute à gauche dans 55% des cas, après deux tirs consécutifs à droite, il saute à gauche dans 60% des cas, et après trois tirs consécutifs à droite, il saute à gauche dans 70% des cas. Le gardien est victime de ce qu’on appelle l’erreur du parieur : un biais cognitif qui nous fait croire que, lors d'un tirage aléatoire, il est moins probable qu'un même résultat apparaisse après être déjà apparu un grand nombre de fois. C'est là une erreur de représentation des séquences et des probabilités qui remontrait déjà à notre passé de chasseurs-cueilleurs, au cours duquel le risque qu'une réserve de nourriture s'épuise augmentait avec la quantité de nourriture qu'elle donnait !

 

Ce biais est d’autant plus important qu’il en fait oublier au gardien la tendance naturelle du joueur de tirer à droite ou à gauche selon son pied fort. Puisqu'il est plus facile d’utiliser l’intérieur du pied pour tirer, un joueur droitier aura plus de facilité  - et donc plus tendance - à tirer à gauche et un tireur gaucher à tirer à droite. Même si les gardiens utilisent parfois cette information pour le premier tir, dès lors qu'une séquence de tirs consécutifs d'un même côté s'installe, l’erreur du parieur reprend le dessus et le gardien ne tient plus compte des tendances naturelles des tireurs.

 

Toutefois, il y a une asymétrie importante entre tireurs et gardiens : les tireurs sont un groupe alors que le gardien est seul. Si un groupe de tireurs indépendants les uns des autres génère plus de séquences aléatoires que le gardien et sont donc moins prédictibles, le gardien lui participe à tous les pénaltys ce qui lui permet de mieux adapter sa stratégie. Une meilleure communication au sein des tireurs d'une équipe pourrait leur permettre de mieux s’adapter au comportements du gardien et à ses biais cognitifs ! 

 

 

Référence:

E. Misirlisoy, P. Haggard Asymmetric predictability and cognitive competition in football penalty shootouts, Current biology 2014

 

 

 

 

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