Sciences cognitives & foot - Épisode 3

26.06.2016

Impossible de passer à côté, du 10 juin au 10 juillet se déroule en France l'Euro de foot 2016. Pendant un mois 24 équipes européennes donneront tout sur les terrains de France pour tenter de remporter le Graal du football européen. C'est l'occasion de regarder à la lumière des sciences cognitives ce qui se passe dans le sport le plus pratiqué au monde !

De la sueur et des larmes... pour les spectateurs !

 

Cette semaine, nous nous intéressons à ce que se passe dans la tête des supporters lorsqu'ils regardent un match de foot. En effet, si les joueurs des deux équipes s'activent sur le terrain, qu'en est-il des spectateurs ? Bien sûr, certains sauteront de joie après un but ou pleureront après une défaite mais quel impact a réellement le fait de regarder un match sur le cerveau des spectateurs ?

Devant un match, en regardant les joueurs courir et se faire des passes, les spectateurs activent des zones cérébrales particulières, normalement impliquées lors de l’activité physique. Ce processus est appelé "simulation motrice" et repose sur l’existence d'un système miroir qui s’active aussi bien lorsque l’on effectue une action, que lorsqu’on regarde quelqu’un d’autre l’effectuer. Ainsi, le cerveau des spectateurs d’un match de foot simulera la course à pied, les tacles et les tirs des joueurs qu'il les voie depuis le stade comme depuis son canapé ! Mais attention, l’activation de ce mécanisme dépend du spectateur. En effet, l’expertise a un grand rôle dans l’activation du système miroir : elle sera plus forte chez des spectateurs pratiquant eux-mêmes le football et étant déjà habitués à réaliser ces actions. 

 

La simulation motrice n’est pas seulement le reflet de l’activité d’autrui dans notre propre cerveau. Elle permet également de prédire ce qui va se passer par la suite. Il a notamment été montré qu’elle est meilleure que la simple expertise visuelle pour prédire le succès ou l’échec d’une action de précision comme un tir. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles d’anciens joueurs de foot sont appelés pour commenter les matches ! Cette capacité de prédiction est au centre du rôle que l’on donne à la simulation motrice dans l’évolution humaine. En effet, la capacité de comprendre et de prédire les actions d’autrui est centrale pour pouvoir vivre en groupe.

 

Mais lorsque l’on regarde un match de foot, il n’y a pas seulement le jeu, il y a aussi toutes les émotions qui l’entourent. Ces émotions ont elles aussi un impact important sur le spectateur. En effet, lors de l’observation d’une émotion chez autrui, les mêmes muscles faciaux se contractent que si l’on ressentait nous-mêmes cette émotion. Ce mécanisme est impliqué dans la compréhension et la transmission des émotions des autres. Mais il soutenu par d’autres processus. Par exemple, les mêmes aires cérébrales sont activées lorsque l’on ressent de la douleur que lorsque l’on voit quelqu’un d’autre en ressentir. Ces activations sont ainsi impliquées dans l’empathie que l’on ressent lorsqu’un joueur s’est blessé sur le terrain. Des zones motrices sont également activées lors de l’observation d’émotions chez les autres, sûrement pour nous préparer à agir en fonction de l’émotion qu’ils ressentent. Ainsi, quand un joueur s’énerve sur le terrain, notre cerveau se prépare à réagir vite comme lorsqu’il fait face à n’importe quel type de menace et ce même si l'on regarde le match tranquillement sur notre canapé !

 

En résumé, lors d’un match, le cerveau du spectateur réagit aussi bien à l’activité physique qu’émotionnelle des joueurs : être spectateur c’est aussi un sport !

 

Référence:


Grèves & De Gelder 2005, Contagion motrice et émotionnelle, Autisme, cerveau et développement, de la recherche à la pratique

 

 

 

 

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