Sciences cognitives & foot - Épisode 5

10.07.2016

Impossible de passer à côté, du 10 juin au 10 juillet se déroule en France l'Euro de foot 2016. Pendant un mois 24 équipes européennes donneront tout sur les terrains de France pour tenter de remporter le Graal du football européen. C'est l'occasion de regarder à la lumière des sciences cognitives ce qui se passe dans le sport le plus pratiqué au monde !

Alors, pas trop la pression ? 

Pour cette dernière brève clôturant la compétition, nous nous intéresserons à l’impact du stress sur les performances des joueurs. 

Pas moins de 20 millions de téléspectateurs suivront la finale de l’Euro 2016, et non seulement la France accueille la compétition cette année mais en plus son équipe nationale accède pour la première fois depuis 2000 à la finale de la compétition. Si on imagine aisément la pression qui pèsera sur les épaules de nos bleus ce soir on peut se demander comment le stress affectera leurs capacités cognitives.

 


Nous sommes tous plus ou moins familier avec la sensation de stress, le définir n’est cependant pas chose aisée. Il est considéré que le stress dépend de sa cause (la nature du stresseur) mais aussi de la perception que l’on en a, on le définira donc plus généralement comme toute réaction physiologique qui découlera d’un bouleversement de l’homéostasie d’un individu (1). Ainsi le stress peut être dû de manière directe ou indirecte à n’importe quelle condition environnementale assez critique pour qu’un organisme doive prendre les dispositions biologiques qui lui permettront d’y faire face. Au niveau biologique le stress se transcrit non seulement par la secretion d’adrénaline mais aussi par l’augmentation de la production par la glande pituitaire de cortisol, veritable mobilisateur de l’énergie contenue dans les sucres stockés.
 

Pour tester scientifiquement l’impact du stress sur les fonctions cognitives les chercheurs ont donc dû développer des protocoles leur permettant à la fois de stresser les sujets tout en respectant les normes éthiques qui leur sont imposées. Les manipulations expérimentales se limitent donc à l’exposition à des hautes ou basses températures, à des stimuli provoquant des reactions de peur, à la surcharge cognitive ou aux perturbations du cycle du sommeil, et même au passage de faux entretiens à l’issue défavorable (2).

 

 

Les conclusions des études contrôlées sur l’impact de ces différents stresseurs sur la cognition humaine restent modestes à cause de la variété des paradigmes expérimentaux utilisés. Il semble cependant admis que le stress module le système de mémorisation et de prise de décision de l'humain. Il a ainsi été montré que le stress diminue la flexibilité cognitive des individus (3) et ce dès leur plus jeune âge (4). Les sujets soumis à un stress important feraient davantage reposer leur comportement et leurs décisions sur des schémas habituels pré-établis, et chercheraient moins à explorer leur environnement à la quête de nouvelles informations (5). L’attention serait également recentrée et les individus stressés seraient moins capable de compenser la charge émotionnelle à laquelle ils peuvent être soumis (6). De manière générale les fonctions exécutives et le cortex pré-frontal semblent affectés par des épisodes de stress intense (7). Le stress physique a notamment été lié à des perturbations de la cognition sociale comme l’agressivité et la diminution de la coopération (8).

 

 

Ces études ont pour la plupart été effectuées en laboratoire sur des participants volontaires, mais qu’en est t’il de l’impact du stress chez des sportifs de haut niveau comme notre chère équipe de France ?
Les études de terrain sur les sportifs sont rares car difficiles à contrôler (9) mais il semblerait que si le stress touche tout autant les sportifs de haut niveau, leurs performances n’en sont que peu affectées. Par exemple, des basketteurs soumis à un stress social voient leur niveau de cortisol augmenter mais leurs performances en lancer-francs restent intactes (10). Il semble en être de même pour les footballeurs dont le niveau de cortisol augmente au cours de la saison (11). Une étude s’est penchée sur l’impact de la temperature, un stresseur naturel, sur les performances des joueurs lors de la coupe du monde 2014 au Brésil, et là encore, les performances n’en seraient pas affectées (12). Un résultat similaire a été récemment obtenu considérant cette fois la fatigue mentale comme source de stress. On notera tout de même que dans ce cas le stress impacte marginalement la précision des tirs et le temps de réflexion précédant les penalties (13). Si les joueurs sont soumis au stress, les arbitres le sont également, et il semblerait que dans leur cas leurs performances en puissent être directement affectée (14) !

Les études de plus en plus nombreuses sur l’impact du stress sur les fonctions cognitives ainsi que les données de terrain nous laisseraient donc penser que des joueurs aussi aguerris que les bleus, à force d’entrainement et de coaching spécialisé, soient en mesure de compenser les effets délétères du stress !

 



Références : 

[1] Staal, M. A. (2004). Stress, cognition, and human performance: A literature review and conceptual framework. [pdf]

[2] Frisch, J. U., Häusser, J. A., & Mojzisch, A. (2014). The Trier Social Stress Test as a paradigm to study how people respond to threat in social interactions.Frontiers in psychology [pdf]

[3] Hollon, N. G., Burgeno, L. M., & Phillips, P. E. (2015). Stress effects on the neural substrates of motivated behavior. Nature Neuroscience [pdf]


[4] Seehagen, S., Schneider, S., Rudolph, J., Ernst, S., & Zmyj, N. (2015). Stress impairs cognitive flexibility in infants. Proceedings of the National Academy of Sciences [pdf]

[5] Schwabe, L., & Wolf, O. T. (2013). Stress and multiple memory systems: from ‘thinking’to ‘doing’. Trends in cognitive sciences [pdf]

[6] Raio, C. M., Orederu, T. A., Palazzolo, L., Shurick, A. A., & Phelps, E. A. (2013). Cognitive emotion regulation fails the stress test. Proceedings of the National Academy of Sciences [pdf]

[7] McEwen, B. S., & Morrison, J. H. (2013). The brain on stress: vulnerability and plasticity of the prefrontal cortex over the life course. Neuron [pdf]

[8] Sandi, C., & Haller, J. (2015). Stress and the social brain: behavioural effects and neurobiological mechanisms. Nature Reviews Neuroscience [pdf]

[9] Walsh, V. (2014). Is sport the brain’s biggest challenge?. Current Biology [pdf]

[10] Mascret, N., Ibáñez-Gijón, J., Bréjard, V., Buekers, M., Casanova, R., Marqueste, T., ... & Cury, F. (2016). The Influence of the ‘Trier Social Stress Test’ on Free Throw Performance in Basketball: An Interdisciplinary Study. PLoS One [pdf]

[11] Michailidis, Y. (2014). Stress hormonal analysis in elite soccer players during a season. Journal of Sport and Health Science [pdf]

[12] Nassis, G. P., Brito, J., Dvorak, J., Chalabi, H., & Racinais, S. (2015). The association of environmental heat stress with performance: analysis of the 2014 FIFA World Cup Brazil. British journal of sports medicine  [pdf]

[13] Smith, M. R., Coutts, A. J., Merlini, M., Deprez, D., Lenoir, M., & Marcora, S. M. (2016). Mental fatigue impairs soccer-specific physical and technical performance. Medicine & Science in Sports & Exercise [pdf]

[14] Alavije, S. H. H., Gharote, M. M., Rahimi, G., & Rostami, S. (2014). The Correlation Between Football Referees’ Amount of Stress and Their Performance. International Journal of Sport Studies [pdf]

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